La créativité dans l’utilisation des approches théoriques ainsi que la diversité des interventions cliniques sont nécessaires pour optimiser le traitement d’un client (Becker et Conway, tel que cité dans Becker 2010). Par ses caractéristiques spécifiques, la thérapie d’aventure répond à des objectifs que la thérapie conventionnelle ne peut adresser par sa structure. Par exemple, pour certains individus, les 45-50 minutes standard dans un bureau peuvent être soit intimidante dans la proximité du contact ou encore contraignante par la limite de temps imposée (Berman et Davis-Berman, 1995). De plus, le processus thérapeutique d’intégrer des changements à travers une thérapie traditionnelle est difficile à atteindre si le client s’avère peu verbomoteur ou, au contraire, s’il a tendance à l’intellectualisation ou à trop discuter de ses émotions (Egan, tel que cité dans Berman et Davis-Berman, 1995). Finalement, les mesures psychologiques objectives sont limitées dans le cadre d’une thérapie conventionnelle puisque le client est minimalement conscient des raisons pour lesquelles il se fait examiner et peut donc adapter son comportement, ses réponses en fonction des attentes du thérapeute (Kimball, 1993). Par ailleurs, la thérapie d’aventure fait naturellement vivre des situations où le niveau de stress est élevé sur une longue période de temps afin de mettre en évidence les caractéristiques individuelles de chaque client tel les comportements dysfonctionnels, les difficultés de gestion du stress, les processus intellectuels, les conflits, les besoins et les réponses émotionnelles (Kimball, 1993).

Dans la pratique de la thérapie d’aventure, il importe de se fier aux mêmes standards scientifiques et cliniques que ceux dans le domaine de la santé mentale puisque leur validité scientifique est déjà reconnue (Bandoroff et Newes, 2004) . Il est donc recommandé d’effectuer une évaluation des besoins par des professionnels de la santé et le médecin, puis établir un plan de traitement individualisé en collaboration avec le client pour faciliter le progrès vers ses objectifs personnels (Berman et Davis-Berman, 1995). En effet, l’établissement d’objectifs conjoints, entre le thérapeute et le client, permet l’autonomisation, facilite l’auto-responsabilisation et suscite de l’optimisme vis-à-vis le plan de traitement (Schell et al., 2012). Le suivi post-traitement est également reconnu comme essentiel puisqu’il aide à maintenir les effets bénéfiques à long terme du programme de thérapie d’aventure (Hill, 2007Herbert, 1998Becker, 2010) Finalement, Richards et Peel (2005) affirme que toutes approches théoriques ou cadre conceptuel ont leur place pour structurer la thérapie d’aventure. Il importe toutefois de définir cette approche théorique ou cadre conceptuel préalablement afin de favoriser une sélection de stratégies et de méthode d’interventions adaptés aux clients, qui seront régulièrement révisées et modifiées au besoin en cours de thérapie  (Crisp, tel que cité dans Bandoroff et Newes, 2004).

La relation thérapeutique

La relation thérapeutique est reconnue comme étant le facteur prédictif  le plus significatif des bons résultats de la psychothérapie (Orlinsky, Grawe, et Parks, tel que cité dans Bandoroff et Newes 2004). La thérapie d’aventure permet aux thérapeutes d’être plus accessible et de réaliser plus d’interactions avec les clients (Gass, 1993).  Les barrières limitant l’interaction sont dissipées puisque thérapeute et patient sont tous deux impliqués dans des défis physiques similaires. En effet, les conditions difficiles vécues 24h sur 24h induisent un degré d’intimité, de confiance et de respect mutuel unique à ce type de thérapie, alors que le thérapeute fait partie de l’expérience réel du client (Bandoroff et Newes, 2004). Par ailleurs, il importe de mentionner que ce lien unique entre le thérapeute et le client peut être éthiquement problématique. En effet, Becker (2010) apporte des recommandations à ce sujet. Par exemple, les thérapeutes doivent demeurer conscients de leurs limites personnelles et professionnelles en tout temps ainsi que de la possibilité de nuire au client et au groupe. Il est hautement recommandé que l’équipe en charge du programme (thérapeutes et guides d’aventure) discute régulièrement des enjeux à ce sujet soit avant de débuter le programme ainsi qu’au cours des différentes activités. Ces discussions éthiques doivent inclure les différents styles interpersonnels, la relation homme-femme, le contact physique, les approches théoriques, la durée et l’intensité de l’aventure, le rôle de chacun dans l’équipe, le plan de traitement des clients et les particularités de chaque participant (Becker, 2010)

Le plaisir

Le plaisir procuré par la l’activité est également un avantage présent dans la thérapie d’aventure puisqu’il favorise l’investissement du participant dans sa thérapie par renforcement positif (Bandoroff et Newes, 2004). En effet, la notion de plaisir permet au groupe d’atteindre les phases de travail thérapeutique plus rapidement et efficacement par l’augmentation du niveau d’attention et l’amélioration du niveau de confiance du client vu la diminution de la perspective menaçante de la thérapie qui facilite la discussion d’enjeux habituellement évités (Bandoroff et Newes, 2004). Lorsqu’une cohésion de groupe prend place, la rétroaction des pairs devient alors un élément clé du traitement (Hattie et al., tel que cité dans Russell, 2003).

De plus, la thérapie d’aventure se distingue par son aspect hautement distinctif et mémorable (Richards et Peel, 2005) qui contribue au maintien des bénéfices à long terme. En effet, ces auteurs rapportent qu’il est difficile pour les participants d’oublier les évènements vécus associé à  la nouveauté, aux défis et aux succès en raison des effets physiologiques de l’endorphine et de l’adrénaline.

L’environnement non-familier

Par son environnement non-familier, la thérapie d’aventure est associé à un facteur de changement naturel vu l’impact direct sur l’homéostasie du client (Gass, 1993). Les apprentissages sont optimisés lorsque les individus sont tirés à l’extérieur de leurs zones de confort, en état de dissonance (Bandoroff et Newes, 2004). L’utilisation intentionnelle du stress positif induit par l’aventure, crée donc les conditions nécessaires pour favoriser des changements (Gass, 1993). Par exemple, le risque perçu élevé d’une activité de rappel en escalade favorise l’expression des émotions à haute intensité tout en s’assurant d’un contexte sécuritaire pour le client vu le faible risque réel. (Bandoroff et Newes, 2004). Il demeure toutefois évident qu’un thérapeute cliniquement qualifié doive surveiller attentivement l’intensité émotionnelle de chaque client et du groupe afin de diminuer les risques de vivre une expérience négative (Bandoroff et Newes, 2004). Il est à noter que les changements, bien qu’ils soient reconnus thérapeutiques pour le client, s’intègre seulement si l’attrait d’une nouvelle réalité fait plus de sens que les comportements précédents (Gass, 1993). De plus, un nouvel environnement permet également au client d’approcher l’expérience thérapeutique sans qu’elle soit trop menaçante (Bandoroff et Newes, 2004) et facilite ainsi l’exploration de problèmes vécus durant le programme puisque le client demeure à distance de l’abondance des soucis du quotidien (Gass, 1993).

L’approche expérientielle

La thérapie d’aventure procure un contexte dans lequel les clients explorent par expériences directes leurs concepts de soi, leurs comportements et leurs façons d’aborder la vie (Richards et Peel, 2005).  Ils ont donc l’opportunité de prendre conscience de leur identité en étant confronté à eux-mêmes pour ainsi mieux choisir les changements qu’ils désirent apporter à leurs croyances, leurs valeurs et leurs modes relationnels. (Wilkinson et al., 2012). Les conséquences naturelles de ces expériences directes sont particulièrement efficaces puisqu’elles dépendent seulement du client, et non du thérapeute, ce qui contribue à améliorer la confiance en soi (Bandoroff et Newes, 2004).

La généralisation des apprentissages

Plusieurs auteurs soulèvent l’importance de généraliser les apprentissages faits lors de la thérapie d’aventure  aux expériences du quotidien (Hans, 2000Bandoroff et Newes, 2004McBride, 2005Hill, 2007). L’auto-observation en lien avec les expériences vécues (ex. procrastination, peur de l’inconnu, manque de préparation et auto-dévalorisation) devient une métaphore pour explorer leur façon d’aborder la vie (McBride, 2005). Ces métaphores sont nécessaires pour le maintien des gains acquis lors de l’expérience de thérapie d’aventure(Bandoroff et Newes, 2004).

La gradation des activités

Les thérapeutes peuvent également favoriser le rétablissement des participant par la gradation d’activités soigneusement planifiées, prescrites et dirigées pour qu’elles soient adaptées aux besoins du participant (Herbert, 1998). Il est donc important de choisir des activités de différentes difficultés, qui offrent une gamme élargie de défis, afin d’exposer les participants à une variété d’émotions et favoriser l’intégration de nouvelles stratégies d’adaptation (Wilkinson et al., 2012). Le thérapeute se doit d’éviter de placer le groupe dans des situations répétitives d’échec vu leurs effets thérapeutiques aversifs (Bandoroff et Newes, 2004). D’autre part, il n’est pas non plus souhaitable de vivre seulement des situations de réussite puisque l’échec est utile au processus de groupe et  à l’apprentissage de la tolérance à la frustration (Bandoroff et Newes, 2004). Bandoroff et Newes (2004) invitent également le client à choisir ses défis pour explorer ses limites personnelles en lien avec son niveau d’inconfort et ainsi l’aider à prendre en charge sa propre vie plutôt que de dépendre des décisions des autres.

Un partenariat

Quelques programmes, plus spécifiquement en Australie et en Angleterre, utilisent un partenariat avec des guides d’aventure pour optimiser leurs interventions (Schell, 2012Richards et Peel, 2005). En effet, le professionnel a un rôle de thérapeute d’abord et avant tout, puis le rôle d’instructeur en plein air (Kimball, 1993). Si ce dernier n’a pas les qualifications nécessaires pour diriger les activités d’aventure, il importe de créer un partenariat avec des guides pour assurer la sécurité physique des clients alors que les thérapeutes prennent charge de la sécurité psychologique des clients (Richards et Peel, 2005). Plus spécifiquement, les guides sont responsables de diriger l’activité d’aventure incluant la gestion du matériel et la sécurité alors que les thérapeutes sont responsables du processus et de la dynamique de groupe ainsi que la gestion des problématiques cliniques (Schell, 2012).

 

 

Rédigé par: Audrey Lemelin, ergothérapeute CHUM

Étudiante à la maîtrise en pratique de la réadaptation, Université de Sherbrooke.