Les Groulx en quelques mots

Catégories: Nouvelles

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Petit feu avec au loin le réservoir Manicouagan et l’ile René-Levasseur

C’est un peu difficile de raconter toutes les histoires que nous avons vécues dans les monts Groulx. En toute franchise, je n’ai pas le goût de tout dévoiler. C’est un privilège de vivre une expérience comme celle-là et c’est bien de garder un peu de mystère… Je crois que, pour vous faire vivre les Groulx, je dois passer outre une énonciation « au jour le jour », on a fait ça, puis ça, etc. Je vais plutôt raconter quelques événements qui m’ont marqué et, au risque de paraître décousu, je serai authentique.

Le défi des monts Groulx est une aventure de groupe qui se vit de manière totalement différente selon chaque individu, ce qui en fait, ultimement, quelque chose de très personnel. Je crois que, au cœur de ce défi des monts Groulx, c’est l’inconnu qui a été le plus présent. Même si, avant le départ, j’ai expliqué clairement chacun des éléments du projet, c’est seulement en le vivant qu’il a pris tout son sens. Faire face à l’inconnu, c’est aussi faire face à soi, découvrir ses zones de faiblesses et, par simple opposition, découvrir ses forces.

Les premiers effets que l’on ressent en vivant une aventure ou en se confrontant à l’inconnu, ce sont souvent l’anxiété ou peut-être la peur. Chacun des membres de l’expédition a dû apprendre à vivre avec ces émotions. Pour certains, c’était avant le départ que l’anxiété s’était fait ressentir ; pour d’autres, c’était dès qu’un moment d’incertitude se pointait ou encore dès qu’il y avait un changement d’activité. Apprendre à faire face à cette anxiété, la contrôler et la dépasser a été certainement l’un des plus grand défis et, en même temps, l’une des plus grandes réussites pour plusieurs, moi y compris…

Les séances bilan autour du feu ont permis des échanges vrais. J’ai été fasciné par l’aptitude de plusieurs jeunes à l’autocritique. Au cours de l’une des activités, chaque personne devait, entre autres, déposer un bout de bois dans le feu pour brûler quelque chose qu’elle voulait laisser derrière elle : « mon immaturité, mon impulsivité, ma colère, etc. ». Chacun écoutait en silence, on entendait voler les mouches noires…

J’ai été aussi frappé par la facilité de ces jeunes à répondre à la critique et aux commentaires négatifs, on dirait qu’ils sont habitués à ça. À l’inverse, dans la majorité des cas, quand on ressort des côtés positifs et des bons coups, les jeunes semblent être assez désarçonnés : « Je ne suis pas à l’aise. Est-ce qu’on peut passer à quelqu’un d’autre ? » Pourtant, quand les commentaires viennent des pairs, c’est tellement plus efficace.

Chaque membre du groupe a été leader de l’expédition pendant une demi-journée. C’est l’activité qui m’a le plus impressionné. Je peux vous assurer que tous ont évolué à travers cette responsabilité. Pas facile de se faire écouter, de mobiliser les autres, d’emprunter un chemin difficile ou simplement de s’assumer tout court. Quel beau miroir pour découvrir l’effet de comportements que l’on a parfois soi-même ! Chacun y est allé avec sa personnalité : de la matrone qui frappait son bâton de marche dans sa main au leader qui assumait les tâches les plus ingrates sans broncher, en toute abnégation.

Je vais également me souvenir de quelques séances de lavage de vaisselle épiques, pas à cause d’un « pétage » de coche, mais simplement par la longueur, frôlant les 2 heures 30 minutes ! Jean-Pierre fut incontestablement le champion de la patience. Marie-Pierre et lui m’ont beaucoup appris. MERCI !

Au cours de notre périple, nous avons rencontré Michel qui a assurément laissé sa trace. Vivre au km 365 de la route Trans-Labrador toute l’année, ce n’est pas un style de vie commun. Nous avons même passé quelques heures à l’aider dans ses tâches quotidiennes et dans la préparation du bois pour l’hiver.

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On a caché quelque chose là bas, pour l’an prochain!

Je vais me souvenir longtemps de Pascal (nom fictif) qui, après les cinq premières minutes de marche, s’est complètement effondré. Pleurs et cris… « Je ne suis pas capable » et « Je m’ennuie de ma mère » ont souvent ponctué l’effort pour avancer et les séances de retour au bord du feu le soir. Dans des moments comme ceux-là, travailler avec des professionnels comme Jean-Pierre et Marie-Pierre, psycho-éducateurs pour l’IFACEF, prend tout son sens. Rassurez-vous, Pascal a bel et bien terminé l’expédition sous l’effet des petites framboises rouges, des bleuets et des chicoutais qui l’ont aidé à certains moments. Vous auriez dû voir sa mère, toute impressionnée, quand nous lui avons appris l’importance qu’elle avait dans la vie de Pascal : « Lui qui m’a déjà dit vouloir retourner avec sa mère biologique. » Elle nous a avoué, avec surprise, que c’est la première fois que Pascal faisait un camp sans qu’elle soit obligée de venir le chercher après trois jours… Il aura toute une expérience positive sur laquelle construire celui-là ! Persévérant vous dites !

Je vais aussi me rappeler longtemps de la mère d’un autre participant qui nous a dit : « On ne m’a jamais parlé en bien de mon fils. » Désolé de vous faire pleurer madame, il a vraiment beaucoup de potentiel votre jeune. Mais en réalité, c’est toute cette « Groulx Gang » qui a beaucoup de potentiel.

Évidemment, nous pouvons parfaire différentes choses et nous aurons encore beaucoup de discussions avec Marie-Pierre, Jean-Pierre et les psychiatres du Club TDAH. Vivre ce genre de projet avec ses nombreuses activités amène beaucoup de questionnements, mais c’est en travaillant en équipe que nous pourrons nous améliorer pour faire vivre à d’autres jeunes une autre aventure inoubliable.

On se revoit l’an prochain chers monts Uapiska !

 

Jean-Philippe Leblanc

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La Groulx Gang

 

Jean-Philippe Leblanc
Auteur:Jean-Philippe Leblanc

Une reponse pour "Les Groulx en quelques mots"

  1. Christian Enregistré le 9 septembre 2014 à 20 h 53 min

    Très beau texte JP. C’est le fun de pouvoir te lire…

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